Canicule et tertiaire : pourquoi l’ajout de climatisation ne doit pas être la seule perspective

1 juillet 2026 6 minutes de lecture

La canicule nous offre une pause. Les défis énergétiques, eux, n’attendent pas.

En résumé : Repenser le confort d’été

Les récentes vagues de chaleur ont mis en évidence la vulnérabilité thermique de nos bâtiments. Face à la surchauffe, le premier réflexe est souvent d’augmenter la puissance de refroidissement.

Pourtant, une partie de la réponse au confort d’été ne consiste pas à consommer davantage, mais à mieux utiliser ce qui existe déjà. Optimiser les consignes, anticiper les pics et piloter selon l’occupation, les conditions réelles, l’inertie du bâtiment et les prévisions : c’est précisément là que la GTB intelligente joue un rôle clé dans l’optimisation des systèmes existants, en parfaite adéquation avec les obligations du Décret BACS.

 

Ces dernières semaines, beaucoup de bâtiments ont montré leurs limites opérationnelles. Sur le terrain, les exploitants et les gestionnaires de patrimoine ont dû affronter des situations complexes, gérées bien souvent dans l’urgence.

 

Nous l’avons tous constaté : des salles de classe devenues difficilement utilisables pour les élèves. Des chambres d’hôtel impossibles à rafraîchir convenablement. Des EHPAD ou des établissements gérés par les collectivités où maintenir une température confortable et sécurisée pour les occupants est devenu un véritable défi quotidien.


Section 1 : Le réflexe (contre-productif) de la fuite en avant

Quand la chaleur s’installe, le réflexe qui domine les discours et les budgets est souvent le même : chercher du froid à tout prix. La logique voudrait d’ajouter des climatiseurs d’appoint, d’augmenter les puissances nominales, d’abaisser les consignes au maximum et de faire tourner les équipements plus longtemps.

 

C’est un réflexe humain et compréhensible, mais il est physiquement et financièrement insoutenable. Les données officielles sont d’ailleurs très claires sur le sujet :

 

L’impact énergétique réel de la climatisation

  • La surconsommation des consignes basses : selon l’ADEME, une baisse importante de consigne de climatisation (par exemple de 27°C à 22°C) peut entraîner une augmentation très significative de la consommation énergétique, pouvant dans certains cas approcher un facteur de deux selon les conditions d’usage et le type d’installation.
  • Un coût environnemental masqué : Les gaz frigorigènes utilisés par ces systèmes ont un pouvoir réchauffant élevé. Leurs émissions (fuites, fin de vie) ont un impact important sur le réchauffement climatique.

Source : Étude ADEME « La climatisation de confort dans les bâtiments résidentiels et tertiaires », 2021/2024.

 

En 2020, les appareils de climatisation du secteur tertiaire français consommaient déjà près de 19,7 TWh d’électricité (source : RTE). Tenter de résoudre le problème des canicules en ajoutant de la puissance brute ne fait qu’alourdir les factures d’exploitation, tout en accentuant le phénomène des îlots de chaleur urbains.


Section 2 : Une des solutions : mieux consommer grâce à la GTB

La réponse aux épisodes de surchauffe ne consiste pas uniquement à augmenter les capacités de production de froid, mais à optimiser l’usage des équipements déjà présents dans le bâtiment.

 

C’est précisément le rôle d’une Gestion Technique du Bâtiment (GTB) : un système de pilotage centralisé permettant de superviser, automatiser et optimiser les principaux équipements techniques d’un bâtiment (chauffage, ventilation, climatisation, éclairage et équipements énergétiques).

 

Plutôt qu’un fonctionnement statique (On/Off ou consignes fixes), l’automatisation permet d’adapter le comportement du bâtiment aux conditions réelles d’occupation, de météo et d’inertie thermique.

 

  • Le pilotage dynamique des températures :
    La GTB permet d’ajuster les consignes en fonction de l’occupation réelle des espaces. Dans de nombreux cas, le refroidissement de zones inoccupées peut être réduit ou évité grâce à la détection de présence et à la sectorisation des usages, conformément aux principes d’optimisation énergétique recommandés par l’ADEME.
  • L’anticipation météo et l’inertie thermique :
    En intégrant des données météorologiques et le comportement thermique du bâtiment, certains systèmes de GTB avancés peuvent anticiper les périodes de surchauffe. Cela permet notamment de mettre en place des stratégies de pré-refroidissement ou de surventilation nocturne (free cooling), afin de limiter l’accumulation de chaleur dans la structure du bâtiment.
  • Le pilotage des solutions passives :
    Avant de recourir à la climatisation, la GTB peut coordonner des équipements passifs tels que les stores, volets ou Brise-Soleil Orientables (BSO). En réduisant les apports solaires en période critique, ces actions contribuent à diminuer les besoins de refroidissement actif.
❌ Fonctionnement classique (sans optimisation énergétique) ✅ Fonctionnement avec GTB optimisée
Consigne de climatisation fixe (ex. 22°C) appliquée en continu, indépendamment de l’occupation réelle. Consignes ajustées (souvent 26°C–27°C en période d’inoccupation), avec modulation automatique selon les usages.
Déclenchement du rafraîchissement sans anticipation thermique. Stratégies d’anticipation via inertie thermique et scénarios de pré-refroidissement lorsque pertinent.
Fonctionnement non coordonné des équipements (climatisation, ventilation, ouvertures). Coordination des systèmes : interruption possible de la climatisation en cas d’ouverture de fenêtres détectée.

Section 3 : Une approche alignée sur les trajectoires réglementaires

L’optimisation du fonctionnement des systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (CVC) ne relève plus uniquement d’une démarche d’exploitation. Elle s’inscrit désormais dans un cadre réglementaire structurant lié à la performance énergétique des bâtiments.

 

Les politiques publiques ont progressivement mis en avant le rôle de l’automatisation et du pilotage énergétique dans la réduction des consommations. C’est notamment l’objet du Décret BACS, qui impose la mise en place de systèmes permettant de surveiller, analyser et ajuster automatiquement les usages énergétiques des bâtiments tertiaires.

En parallèle, le Décret Tertiaire fixe une trajectoire de réduction progressive des consommations énergétiques (-40 % à horizon 2030), reposant largement sur la capacité à piloter finement les équipements techniques et à limiter les dérives de consommation, notamment en période estivale.


Le bâtiment de demain sera acteur, pas victime

Le bâtiment performant de demain ne se définira pas uniquement par la performance de ses équipements de production de froid ou de chaleur, mais par sa capacité à piloter efficacement les ressources déjà en place.

 

Dans un contexte d’épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, la question centrale devient celle de la résilience énergétique des bâtiments : sont-ils capables d’adapter leur fonctionnement aux conditions réelles, ou subissent-ils les variations climatiques sans optimisation active ?

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